Écoute et impressions :
Les tests d’écoutes ont été effectués en milieu domestique sur plusieurs séquences avec les éléments suivants :
• Platine vinyle REGA P1 & cellules Carbon et Elys2
• Accessoires platine vinyle : palet presseur The WAND Weight & couvre plateau Mat
• Casque d’écoute AUDIO-TECHNICA ATH-A2000Z
• Enceintes acoustiques ELIPSON Planet L
• Câbles HP ESPRIT Beta 8G
• Câbles d’alimentation : barrette ESPRIT Volta accompagné des câbles de tête ESPRIT Alpha, Celesta & Eterna.

C’est principalement avec le duo REGA / ELIPSON qu’a été analysé cet amplificateur; soit un environnement radicalement différent de celui auquel je suis habitué pour réaliser les bancs d’essais. Cependant, il m’a été permis d’isoler cet amplificateur pour faire des essais avec mon matériel de référence : YBA CD Player 2, Dac – lecteur réseau MOON 280D MinD V2 – PE Léon Kantor S2 et les câbles de modulation, HP et secteur habituels.
Nature des timbres
Registres aigu – médium & transparence
• « Jalousie » ~ Yehudi Menuhin & Stéphane Grappelli (vinyle)
La première approche en mode vinyle m’est apparue extrêmement positive. La platine REGA P1 et les enceintes ELIPSON Planet forment un ensemble cohérent, équilibré, plutôt plaisant permettant de déguster de très bonnes gravures vinyles dans d’excellentes conditions. Eu égard à la section phono – très honorable – on peut encore affiner la résolution en changeant la cellule REGA Carbon par le modèle Elys2.
Le timbrage me rappelle étrangement celui relevé lors des bancs d’essais de l’ensemble RC-1572 & RB-1572 ICI et RA-06 ICI; ce dernier ayant été réalisé il y a maintenant 15 ans. Bien que les conditions d’écoutes soient radicalement différentes, il y a indubitablement un air de famille manifeste quant à la texture des timbres.
Le registre aigu file haut, avec une finesse et une définition appréciables qui mettent correctement en évidence le filé des violons de Stéphane Grappelli et Yehudi Menuhin, ainsi que de discrets coups de cymbales qui ponctuent la phrase musicale. Le détourage des instruments n’a rien de flouté. Sans être d’une neutralité absolue, le A8 tire son épingle du jeu tout aussi bien sur les fréquences élevées, toutefois légèrement ascendantes, que sur les fréquences intermédiaires. Cela se remarque sur le grain des violons et du contact des archets sur leurs cordes.
Cette mouture sait reproduire des sonorités riches en harmoniques, et on appréciera volontiers l’articulation entre le registre médium et aigu, avec, à la clef, des détails et des nuances perceptibles à niveau d’écoute raisonnable. A faible niveau d’écoute, certaines subtilités s’effacent.
Le système dans son ensemble nous donne une bonne approche de l’onctuosité qui caractérise un disque vinyle.
De plus, on ne pourra pas remettre en question la propension à délivrer un message musical globalement transparent. Je n’irai pas jusqu’à dire que la transparence est cristalline, toutefois aucun voile ne vient masquer la richesse d’un pressage qualitatif.
Registre grave
• Extraits de jazz – jeux de contrebasse (vinyles et extraits dématérialisés)

Loin de faire des étincelles dans le bas du spectre, ce petit ROTEL est plutôt limité par les enceintes acoustiques que par ses propres performances.
Son alimentation et le concept d’ensemble nous donnent des impressions d’un grave cependant « bien tenu ». Sur plusieurs extraits de jazz où la contrebasse joue un rôle de premier plan, l’A8 se comporte comme un chef. Bien malvenu celui qui, subjectivement, n’apprécierait pas à sa juste valeur la lisibilité, l’assise et la propreté émise par l’instrument, quel que soient les styles de jazz retenus.
La sonorité n’est ni enrobée, ni caricaturale, la ligne mélodique est suivie sans débordement, sans trace d’omniprésence. De plus, elle se montre charnue et d’une belle propreté. Nous entendons correctement le pincement des cordes ainsi que le placage des accords sur le manche de l’instrument. A mon avis, il est inutile de faire « joujou » avec le réglage de grave qui agit à ±6 dB à 100 Hertz. Avec des enceintes acoustiques de type colonne, nous devrions y gagner en profondeur sur bas du spectre – c’est sûr !
Capacités de réaction – dynamique – rigueur
• The Complete ~ Mike Oldfield (vinyle et extraits dématérialisés)
A tout dire, cet amplificateur de début de gamme est de nature bigrement « volontaire ». Son alimentation, déjà de bonne capacité, apporte à la reproduction le peps que la plupart de ses concurrents n’ont pas forcément. Vital par nature, les grands écarts de dynamique sont pris en charge avec rigueur. Les accélérations ainsi que les passages dynamiques n’ont pas l’air de poser de problèmes. Différents extraits contenus sur cette compilation de Mike Oldfield prouvent que le comportement est vif, maîtrisé et dépourvu de contraintes. Le flot musical jaillit des enceintes acoustiques avec une belle facilité.
Le tempo n’appelle pas de commentaires négatifs. Je n’ai pas relevé de traces de lenteur et encore moins de distorsion lorsque la musique grimpe dans les tours. Pour se rassurer sur ce point, je n’ai pas exclu de réitérer l’exercice en mode dématérialisé. l’A8 n’a pas failli à sa mission à délivrer une musicalité enjouée où la batterie, les coups de cymbales, la basse et les guitares électriques et acoustiques se manifestent par une agilité particulièrement bien contrôlée par l’électronique. A titre de comparaison, le NAD 316 BEE que je connais bien, ne fait pas mieux !
Scène sonore – spatialisation
• Gershwin & sa musique ~ Frank Chacksfield (vinyle)
Pas de doutes, le « benjamin » de la gamme du constructeur délivre une perspective scénique plutôt généreuse. Certes, il ne pousse pas les murs d’une salle de petite dimension, mais la remplit honorablement, sans contraintes apparentes. Les effets stéréo de ce pressage DECCA Phase 4 nous donne accès à un grand nombre d’informations. L’utilisation des « boules Elipson Planet L favorisent la diffusion en largeur, en hauteur et même en profondeur. Je n’irais pas jusqu’à évoquer une présentation en trois dimensions. Toutefois, l’ampleur dans sa globalité est suffisamment étoffée pour assurer une reproduction aérée.
Nous décelons distinctement sur cet album vinyles les différents pupitres, les groupes d’instruments de premier plan et ceux de second plan. J’ai eu le sentiment que la musique se libérait, devenait aérienne si l’on en juge par les quelques notes de harpe, de flûte traversière ou l’ensemble de violons. Les reliefs particuliers de cette prise de son DECCA ressortent de manière audible.
Ce qui a été également vérifié est la stabilité de l’image y compris à volume d’écoute plus élevé. Dans ce « marathon » aux décibels, l’A8 ne démérite absolument pas. Il sera compliqué de le prendre en défaut avec des enceintes de bon rendement. Même dans des situations compliquées, une masse orchestrale chargée, l’amplificateur reste stoïque dans la limite de l’audible.
Séquence plaisir d’écoute
• Time Out ~ The Dave Brubeck Quartet (extrait dématérialisé)
En fin de parcours, il m’a paru intéressant de « placer » l’amplificateur dans un environnement différent. Son propriétaire me l’a confié quelques heures : il a donc servi « d’interface » entre le Dac-lecteur réseau MOON 280D MindV2 et les enceintes PE LEON Kantor. L’idée était de vérifier sa manière d’agir avec les albums vinyle utilisés dans les chapitres précédents, mais cette fois en mode dématérialisé.
Eh bien, à ma grande surprise, l’écoute de Take Five ne m’a pas laissé de marbre. Il existe sur Qobuz différentes versions plus ou moins « remasterisées ». J’ai retenu la version Legacy Edition qui semble être la plus proche de l’originale en vinyle.
Le ROTEL A8 n’est évidemment pas l’amplificateur intégré du siècle, mais pour son prix il confirme une qualité d’écoute qui n’a rien à envier à d’autres amplificateurs de début de gamme fonctionnant notamment en Classe D; comme quoi la Classe AB a encore son mot à dire. Les bonnes vieilles recettes font toujours recette.
Le Quartet dirigé par Dave Brubeck « chante » réellement bien. Chaque instrument est bien « délimité » et sonne avec une vraisemblance de bon ton. Dès lors nous pouvons apprécier à sa juste valeur la sonorité du saxophone et son aspect rutilant et naturel. Les attaques du piano sont irréprochable et clairement définies. Une mention spéciale pour la batterie : celle-ci est reproduite avec un très beau sens de la clarté où chaque tome raisonne selon sa constitution et sa taille. La caisse claire « claque » avec une phénoménale netteté, tout comme les coups de cymbale qui vibrent avec une brillance inattaquable.
• Legends ~ Camille Berthollet (extraits dématérialisés)
Je n’irai pas jusqu’à dire que l’A8 est un vecteur d’émotions intenses. Cependant, sa faculté à « chanter » procurera du plaisir à tous ceux qui n’ont pas le budget pour s’offrir un amplificateur 10, voir 100 fois plus cher. Pour ma part, j’avoue que certains extraits de l’album Legends m’ont ému tout simplement parce que cet amplificateur n’a rien perdu de l’âme qui anime les produits ROTEL. Son esprit d’ouverture l’autorise à « tutoyer » tous les styles musicaux sans privilégier tel ou tel.
Dans ce test, il n’hésite pas à non plonger dans la musique tout en nous faisant découvrir des petites informations qui, parfois, donnent le frisson – sous condition que les enceintes et câbles soient bien choisis. Cette électronique nous révèle bien plus de substance que l’on croirait si on pousse le bouchon en lui associant des enceintes acoustiques de haut niveau.
Certains rythmes bien trempés celtiques nous incitent à taper du pieds pour accompagner la musique, montrant ainsi que la timidité ne fait pas partie du cahier des charges du constructeur. Violon, Uilleann pipes, percussions, mandoline, bouzouki etc… se dégustent comme un met raffiné.
Sortie casque
La prise casque au format jack 3,5 n’appelle pas de commentaires particuliers. Il s’agit d’une fonctionnalité d’appoint qui rendra service à tous ceux qui souhaitent s’isoler pour écouter de la musique. Il est inutile d’avoir recours à un casque de compétition. D’ailleurs, le constructeur ne donne aucune indication sur ses caractéristiques.
Quelques essais avec le casque AUDIO-TECHNICA ATH-A2000Z livré avec un adaptateur jack 3,5 / 6,35 prouve que ROTEL ne s’est pas focalisé sur la mise au point de cette sortie. Vu le prix de l’appareil, il ne fallait pas s’attendre à une prestation d’exception. Nous retrouvons cependant le tempérament vif de l’appareil, sans pour autant qu’il soit enjoué. Les timbres médium / aigu sont relativement ternes. Le manque de couleurs tonales gâchent un peu le plaisir de l’écoute avec des enceintes acoustiques. On peut alors comprendre la présence des correcteurs de timbres.
Le bas du spectre n’est pas exemplaire non plus. Bien que précises, les fréquences graves sont un peu légères, pour ne pas dire décharnées. La pression sur les oreilles est plutôt moyenne.
La spatialisation n’atteint pas des dimensions démesurées, même si la notion d’aération demeure acceptable. Comme bien souvent sur des sorties casques intégrées, nous retrouvons une focalisation sur les canaux gauche et droit prononcée au détriment du milieu de la scène sonore qui est creux.
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Conclusion :
De présentation une peu vieillotte, aux allures simplistes, dépouillées, l’amplificateur intégré ROTEL A8 s’appuie sur un savoir-faire ancestrale, mais qui marche toujours sur le plan musical. Il décevra les amateurs de « grosses bécanes » qui pensent que son prix est trop faible pour être honnête. D’autres, au contraire, devraient s’intéresser à son cas et même oublier le principe de la Classe D. En d’autres termes, la musicalité de cette électronique, pour le moins « conventionnelle » est à prendre en considération pour démarrer du bon pieds dans le monde de la haute-fidélité.

Prix : 400 € (09/2026)




































