Écoute et impressions :
Les tests d’écoutes ont été effectués en milieu domestique sur plusieurs séquences avec les éléments suivants :
Première configuration
• Lecteur – Dac EVERSOLO DMP-A8
• Enceintes acoustiques TRIANGLE Australe EZ
• Câbles de modulation et HP ESPRIT Beta 8G
• Câbles d’alimentation : barrette ESPRIT Volta, câbles secteur ESPRIT Alpha, Celesta & Eterna
Seconde configuration
• Lecteur CD YBA Classic Player 2
• Dac – lecteur réseau MOON 280D MinD V2
• Enceintes acoustiques PE LEON Kantor et RECITAL Audio Mutine Hefa EX
• Casque d’écoute AUDIO-TECHNICA ATH-A2000Z
• Câbles de modulation ESPRIT Beta 8G, YBA Glass, VAN DEN HUL the Orchid
• Câble numérique coaxial ESPRIT Eterna
• Câbles HP ESPRIT Beta 8G et Aura
Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur de tête FURUTECH G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque. Câble secteur SIGNAL PROJECT Lynx, ESPRIT Celesta & Eterna.
• CD sélectionnés & extraits dématérialisés Qobuz : Sonate Kk 87 ~ Domenico Scarlatti ~ clavecin : Trevor Pinnock – Quiet Nights ~ Diana Krall – Meedle ~ Pink Floyd – Prodiges ~ Camille Berthollet – Jazz Instrumental ~ New York Lounge Quartet – « Movin’ » ~ The Quiet Nights Orchestra – Balalaïkas Favorites ~ Osipov State Russian Folk Orchestra – Renaissance de la harpe celtique ~ Alan Stivell – Suite Symphonique Opus 60 « Lieutenant Kijé » – Sergey Prokofiev ~ Direction : Yuri Simonov & The Royal Philharmonic Orchestra – Time Out ~ The Dave Brubeck Quartet – The Glory that was Gershwin / Frank Chacksfield plays Irving Berlin – The Last of the Mohicans ~ Trevor Jones B.O. du film – Vivaldi and Friends ~ Jeannette Sorrell – Dance into Eternity ~ Omar Faruk Tekbilek – Nameless~ Dominique Fils-Aimé– Yehudi Menuhin & Stéphane Grappelli plays Gerschwin, Berlin, Porter, Rogers, Hart and others – La Folia de la Spagna ~ Gregorio Paniagua – Barry Lindon ~ bande originale du film – Jazz på svenska ~ Jan Johansson – Indiscretion ~ The Curious Bards – Les Égarés ~ Ballaké Sissoko, Vincent Segal, Emile Parisien, Vincent Peirani, etc…

Nature des timbres
Registre aigu & transparence
• Prodiges ~ Camille Berthollet (CD et extraits dématérialisés)
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je peux dire que d’un système à l’autre, la sonorité n’est pas identique – les sources et les enceintes acoustiques n’ayant pas les mêmes traits de caractère.
En revanche, ce qui est avéré est que le modèle Jazz 90 KT88 est un amplificateur qui incarne totalement la reproduction chaleureuse si convoitée par les « tubophiles ». Celle-ci pourra convenir à certains audiophiles et moins à d’autres. J’irais même jusqu’à signifier que cette chaleur, à mon sens excessive, donne un caractère caricatural à la reproduction sonore. Le changement d’enceintes acoustiques ne constituera pas forcément le remède miracle pour arriver à un équilibre spectral satisfaisant.
Et, justement, l’écoute des extraits Concerto pour deux violons de Bach et l’Eté des quatre saisons de Vivaldi démontre un paradoxe entre cette chaleur, voir rondeur, et le haut du spectre. J’ai bien senti cette propension à filer haut lorsque la situation le nécessite, assortie par un surlignage de certaines notes, et, par ailleurs remarqué avec les « S » des fins de phrases vocales. La reproduction ne manque pas de finesse, ni de transparence. Toutefois, la douceur attendue n’est pas au rendez-vous sur toutes la gamme des hautes fréquences. Ainsi, il est à noter que cet amplificateur n’est absolument pas linéaire, ou tout au moins pas autant que souhaité.
Au-delà de ces « dérives », il n’empêche que le Jazz 90 nous assure d’un détourage plus que correct des instruments. Je n’ai pas cherché à le prendre en défaut sur ce point. Le choix des tubes permet aussi d’obtenir de très bonnes harmoniques, des fins de phrases délicatement « traitées » et des sons qui s’éteignent majestueusement dans le temps et l’espace.
La sonorité parfois chatoyante fait ressortir la texture boisée du violon. Le contact de l’archet sur les cordes de l’instrument ne passe pas non plus inaperçu, même s’il subsiste parfois de petites « duretés » notamment en mode triode.
Registre médium & fluidité
• Nameless~ Dominique Fils-Aimé (extraits dématérialisés)
Inutile de tourner autour du pot, sur les extraits vocaux, cet amplificateur fait mouche à tous coups. La magie du tube se matérialise par une restitution d’une fluidité remarquable, constatée par ailleurs sur l’intégralité des albums sélectionnés pour ce banc d’essai.
Ce comportement met bien valeur la prestation de Dominique Fils-Aimé. Le message vocal se veut à fois clair, charnel et globalement chaleureux, en dépit d’une « sifflante » fortuite sur les « S ». La diction et les reprises de souffle ne manquent pourtant pas de pertinence. Nous reconnaissons bien la voix suave de l’artiste qui s’évertue à mettre tout son talent au service d’une expression riche à tous points de vues. Il manque pourtant un soupçon de « physiologie » pour donner l’illusion d’une voix totalement réaliste.
Les petites percussions qui accompagnent la prestation vocale sont, quant à elles, éclatantes à plus d’un titre. Sans paraître trop en avant ou au contraire discrètes, elles amènent les ingrédients nécessaires pour agrémenter « l’accomplissement vocal » et nous faire un petit peu oublier ce qui aurait dû se traduire par une voix 100% naturelle.
Registre grave
• Extraits de jazz – jeux de contrebasse (CD et extraits dématérialisés)
Le comportement de l’amplificateur sur le registre grave n’est pas dénué d’intérêt. Les différents extraits de jazz faisant un intervenir, notamment une contrebasse, sont de bonne augure.
Je dois même me résoudre à admettre qu’à travers ces différents tests, la reproduction de la contrebasse se traduit par des sonorités puissantes, affirmées sans qu’elle soient omniprésentes.
Prendre en référence Birds tiré de l’album Nameless de Dominique Fils-Aimé est une excellente entrée en matière pour savourer la lisibilité des lignes mélodiques. L’exploration de chaque fréquence grave s’effectue avec une « tenue » et une rigueur de premier plan. La texture feutrée apparaît vraisemblable. On ressent bien la manière dont le contrebassiste pince ses cordes, et plaque ses accords pour faire vibrer tout simplement le corps de l’instrument.
Je n’ai pas constaté non plus de boursoufflures. C’est avant tout une restitution dégraissée qui est proposée à l’auditeur. Les tonalités sont fondées sur une consistance, une propreté ainsi qu’une stabilité même si l’on monte le volume sonore.
Capacités de réaction – dynamique – rigueur
• Meedle ~ PinkFloyd (CD et extraits dématérialisés)
Il est clair que le fonctionnement en mode ultra linéaire joue ici le rôle de catalyseur d’énergie. Beaucoup préfèreront cette « option » car en plus, elle multiplie quasiment la puissance par deux. Pour l’écoute de Pink Floyd et plus particulièrement One of these Days, il n’y aura pas lieu de se plaindre de cette générosité en matière de réactivité.
Le Jazz 90 KT88 est alors animé par une puissance de feu largement validée sur la basse de Rogers Waters, les coups de batterie et les riffs de guitare électrique. Ça « déménage » à tous les étages avec une franchise qui n’a rien à envier à certains amplificateurs à transistors de gamme plus élevée. De surcroît, j’ai également l’impression que le registre grave gagne en intensité en mode ultra linéaire. Finalement ce mode dévoile une musicalité plus éclatante, plus vive et sans doute plus rigoureuse que le mode triode, qui est plus placide. En définitive, le choix de l’un ou autre va pas mal dépendre des enceintes acoustiques sélectionnées, mais aussi de type de restitution que l’on attend en fonction des styles de musique privilégiés.
En sélectionnant le mode triode, l’étage de sortie est amené à être plus sollicité puisque les tubes fonctionnent différemment. Dans ce cas, la grille-écran est connectée à l’anode via une résistance de limitation. Sur cet album, en augmentant le volume sonore, il n’est pas rare de détecter une petite distorsion avec certaines enceintes acoustiques pas très « accommodantes ».
Scène sonore – spatialisation
• The Glory that was Gershwin / Gershwin & sa musique ~ Frank Chacksfield (CD)
Mode triode ou ultra linéaire ? « what is the question ». Pour profiter pleinement de la générosité à bien des égards offerte par cet amplificateur, sauf exception, il me semble que le mode ultra linaire est le mieux à même pour « étendre » la scène sonore en largeur.
A l’usage, l’option mode triode réduit sensiblement l’envergure de la spatialisation. Cela est flagrant avec cet album consacré à la musique de Georges Gershwin. Autant mettre toutes les chances de son côté pour obtenir un panorama vaste ou tout au moins « déconfiné ». A noter cependant que l’extension est en corrélation avec le niveau de volume demandé par l’utilisateur. Une fois, le réglage adapté, nous obtenons une reproduction d’un splendide format holographique. L’ampleur remplit confortablement la pièce d’écoute et le centre de la scène sonore est, lui aussi, bien documenté.
Ce qui est moins convaincant, c’est la profondeur de champ plus limitée qu’avec d’autres amplificateurs à tubes. De fait la reproduction est moins contrastée. Bien entendu, nous différencierons aisément les instruments de premier plan de ceux de second plan, mais l’étagement des plans n’est pas structuré comme je l’aurais souhaité.
En guise consolation, nous pourrons compter sur belle aération du message sonore. Aucun pupitre n’empiète sur celui du voisin. Cela donne accès aux micros informations en provenance des instruments plus discrets. Les arpèges de harpe laissent s’échapper les notes éparses qui s’égrènent librement dans l’espace. Du flot orchestral parfois chargé en informations, surgissent distinctement de fins coups de cymbales, des notes de flûtes traversières qui enrichissent la partition et génère une présentation fort sympathique.
Séquence plaisir d’écoute – sens de l’expression
• Les Égarés ~ Ballaké Sissoko, Vincent Segal, Emile Parisien, Vincent Peirani (CD & dématérialisé)
Dernière ligne droite avant de rendre ma conclusion. C’est l’album Les Égarés réalisé par quatuor Ballaké Sissoko, Vincent Segal, Emile Parisien et Vincent Peirani qui va servir d’étalon afin de juger si cet amplificateur est le meilleur de sa catégorie.
Visiblement, les avis sur les modèles Jazz du constructeur sont tous plus dithyrambiques les uns que les autres. Toutefois, je n’ai pas repéré de test précis sur le Jazz 90 KT 88.
Globalement, sur le plan purement musical, il serait mesquin de « ranger » cet amplificateur dans la catégorie des produits quelconques. De là à le positionner en haut du podium, il y a une marge. Si l’on accepte la puissance et la possibilité d’opter pour le mode triode / ultra linéaire, pour un tarif un peu supérieur, les amplificateurs AUDIOMAT Arpège Référence 10 ICI et LUXMAN SQ-N150 ICI, par exemple, nous proposent une musicalité plus attrayante. Ceux-ci sont dépourvus de caricatures et ont un tempérament plus naturel. Le plaisir de l’écoute est accru, simplement parce que chaque manufacturier a exclu une fabrication industrielle et un positionnement du tarif orienté. N’oublions pas que le CAYIN Jazz 90 KT 88 est construit en série en Chine où les couts de production sont moins élevés qu’au Japon et en France.
Je trouve au final, que malgré des caractéristiques plutôt attractives, cet amplificateur ne coche pas toutes les cases pour émouvoir totalement. Même si la présence des musiciens s’affiche par une spontanéité, le lien étroit et permanent entre ceux-ci et l’auditeur n’est pas totalement établi.
Le Jazz 90 KT 88 ne vous prend ni par la main, encore moins par les sentiments pour vous faire découvrir un univers musical riche en découvertes et sensations émotionnelles, même si les principaux ingrédients sont réunis.
• Time Out ~ The Dave Brubeck Quartet (Extraits dématérialisés)
Sur le très célèbre extrait Take Five, la « chanson » est encore différente. Il est établi qu’avec le second système mis en œuvre, on gagne en « efficacité » sur l’aspect « présentiel » des musiciens et de leurs instruments. L’amplificateur fait davantage preuve de « ténacité » sur le rendement du saxophone, du piano, de la batterie et de la contrebasse.
En mode ultra linéaire, le gain en spontanéité prend en quelque sorte plus de signification. Subjectivement, j’ai l’impression que le Jazz 90 KT88 ne s’accommode pas de tous les styles de musiques. J’ai signalé plus haut son manque de linéarité. Sur ce titre et d’autres, j’ai décelé des creux et des bosses sur le milieu / haut du spectre qui ternissent le plaisir d’une écoute « sensationnelle », particulièrement remarquée avec les enceintes TRIANGLE. Sur les attaques de piano, une dose non dissimulée de distorsion n’est pas du meilleur effet.
L’écoute au casque
Le constructeur ne s’étend pas sur la sortie casque. Je suppose qu’elle prend probablement sa source directement à partir de l’étage de puissance. Cette sortie délivre 2 x 85 mW sous 32 Ω; une caractéristique qui convient bien au casque AUDIO-TECHNICA ATH-A2000 Z.
Il faut savoir que CAYIN réalise également des amplificateurs séparés pour casques. Aussi, nous pouvions nous attendre à des prestations musicales de premier ordre. Visiblement, ce n’est pas le cas. Cette sortie dédiée à l’écoute individuelle n’a pas trouvé grâce à mes yeux et surtout pas à mes oreilles. De plus, étant dépourvu de sorties Ligne, il sera impossible d’avoir recours à un amplificateur dédié.

La spatialisation est correcte sans plus. Le déploiement de la scène sonore est recevable. La répartition de l’espace musical n’amène pas forcément des effets les plus saisissants. Je trouve la focalisation sur chaque canal trop prononcée, laissant peu de place aux informations positionnées au centre.
Les timbres ne sont pas du même niveau qualitatif que ceux perçus lors de l’écoute avec des enceintes acoustiques. Les fréquences aigües sont plus sèches sur les cuivres et les cordes de certains enregistrements, voir un peu aseptisées. L’analyse est pourtant bonne, mais j’attendais davantage de moelleux. Les fréquences graves sont relativement contenues. En revanche, la pression sur les oreilles reste dans des proportions acceptables.
Le contact avec les interprètes est appréciable, pourtant la perception d’immersion n’est pas la vertu première de cet amplificateur. Même si le message est globalement intelligible, les contrastes et les nuances sont plutôt en retrait.
En clair, cette sortie casque ne permet pas de tirer le meilleur profit des casques les plus réputés. Elle se veut plus anecdotique qu’autre chose, comme c’est assez souvent le cas sur les amplificateurs intégrés.

Conclusion :
A l’heure du moment de vérité, l’amplificateur CAYIN Jazz 90 KT88 remplit, à priori, correctement ses fonctions. Sa puissance confortable en mode ultra linéaire lui permet de driver honorablement les enceintes acoustiques réputées complexes. Sa scène sonore offre une image ample. La couleur des timbres jumèlent à la fois onctuosité et un large éventail de coloris. Toutefois, pour son prix, cet amplificateur est un peu « léger » sur le plan émotionnel. A tout dire, le buzz fait autour de la série Jazz me semble surfait !

Prix : 3000 € (07/2026)




































