Écoute et impressions :
Les tests d’écoutes ont été effectués à domicile avec les éléments suivants :
• Platine vinyle REGA RP 8 & cellule REGA MC Ania
• Accessoire : brosse dépoussiérage / antistatique ANALOG Relax AR-ASAB1
• Couvre-plateau The Wand Mat, palet presseur / stabilisateur The Wand Weight
• Préamplificateur YBA Classic 3 Delta & bloc de puissance YBA 3 Delta / double transformateur 2 x 400 VA
• Amplificateur intégré – Dac – Streamer MOON Compass 371
• Amplificateur intégré connecté ROKSAN Caspian 4G
• Enceintes acoustiques PE LEON Kantor
• Amplificateur casque REGA Ear & casque d’écoute AUDIO-TECHNICA ATH-A2000Z
• Câbles de modulation ESPRIT Beta, YBA Glass, VAN DEN HUL the Orchid, NORDOST Leif White Lightning
• Câbles HP YBA Diamond
Pour l’alimentation secteur : barrette FURUTECH F-TP 615, câble secteur de tête FURUTECH G-314Ag-18E et prise murale FT-SWS-G de la même marque.
Vinyles sélectionnés : Les 4 Saisons » ~ Antonio Vivaldi : Renaud Capuçon et l’Orchestre De Chambre de Lausanne – Jean-Sébastien Bach : œuvres pour grandes orgues ~ Marie-Claire Alain – Gershwin & sa musique ~ Frank Chacksfield – Grands Classiques du Jazz ~ Stéphane Grappelli Quintet & Bill Collemann – Ainsi parla Zarathoustra : Richard Strauss ~ Direction Zubin Mehta – Ted Heath Salutes Benny Goodman – Nameless & Stay Tuned ! ~ Dominique Fils-Aimé – La Folia de la Spagna ~ Gregorio Paniagua – Barry Lyndon ~ bande originale du film – All Time Favorite Melodies of Japan – The Secret of Climbing ~ Stephen Fearing (édition Rega) – Concertos Brandebourgeois N° 1,2,3,4, 5 et 6 de Jean-Sébastien Bach ~ The English Chamber Orchestra ~ Direction Benjamen Britten – Workshop & Down Home ~ Chet Atkins – Breakfast at Tiffany’s ~ Henri Mancini – A mémorial for Glenn Miller : the original members – Hommage à Django Reinhart ~ Stéphane Grappelli – The Complete ~ Mike Oldfield – Swinging Safari ~ Bert Kaempfert – Contrastes ~ Pachacamac – Toccata & Fugue en Ré mineur de Jean-Sébastien Bach ~ Direction Tutti Camarata & Kingsway Symphony Orchestra – Shadow Hunter ~ Davy Spillane – Crucifixus ~ Jean-Christian Michel – Le Vaisseau de Pierre ~ Tri Yann – Concertos pour guitare & pour mandoline ~ Direction Paul Kuentz – Quiet Nights ~ Diana Krall, etc…

Nature des timbres
Registre aigu
• Les 4 Saisons » ~ Antonio Vivaldi : Renaud Capuçon et l’Orchestre De Chambre de Lausanne
Les premières minutes d’écoute augurent une reproduction musicale qui n’a rien de superficielle ou d’anecdotique, surtout si l’on considère les dimensions du boîtier.
Son « emprunte » repose, entre autres, le registre aigu. Sans trahir la philosophie du « son » analogique, les fréquences aigües filent à une hauteur en correspondance avec celles permises par le(s) violon(s) et notamment le violon soliste de Renaud Capuçon. Par rapport à bien des modules insérés dans les amplificateurs intégrés, le Phonomaster II explore le sillon suffisamment profondément pour en extraire beaucoup d’informations avec un beau sens des nuances.
Dans le haut du spectre, nous détectons un grand nombre d’informations d’une excellente pertinence. Il est largement possible d’évaluer les différentes intonations des différents instruments qui composent l’Orchestre De Chambre de Lausanne, et à fortiori celles du violon soliste. Outre, une dessin fin et ciselé des notes montantes, ce préamplificateur met aussi l’accent sur diverses nuances telles que les vibratos de la main sur le manche de l’instrument, ainsi qu’un large éventail de demi-croches qui tapissent ces 4 Saisons de Vivaldi. Les puristes seront peut-être un peu moins convaincus par la sonorité du clavecin, légèrement en retrait.
Avec un silence de fonctionnement remarquable, ce préamplificateur, nous gratifie d’un détourage des notes réglé au cordeau. L’absence de bruits de fond parasites plaide en faveur d’une bonne analyse, qui, évidemment, peut varier d’un pressage à l’autre.
Par ailleurs, j’ai été séduit par la plage de tonalités recueillies sur les fréquences haut-médium / aigu, sans pour autant surligner celles-ci. Je peux donc classer ce préamplificateur dans la catégorie des produits neutres et linéaires.
La reproduction des différents thèmes se traduit aussi par une excellente transparence. Celle-ci pointe clairement des capacités analytiques réellement appréciables.
Registre médium – fluidité
• Workshop & Down Home ~ Chet Atkins
Sur les fréquences « intermédiaires », ce préamplificateur phono fait incontestablement un sans faute. C’est un véritable bonheur de retrouver la musique de Chet Atkins rééditée – enregistrée initialement chez RCA Victor Living Stéréo. Ce petit SOLEN ne projette pas les fréquences médium en avant au détriment des autres fréquences. L’équilibre subjectif me paraît aussi très bon. Nous faisons aisément la distinction entre le jeu de guitare, celui de la contrebasse, et à l’autre extrême celui du saxophone et de l’harmonica par exemple. Cohérent et linéaire, ce préamplificateur fait apparaître un grand nombre de détails et les fait émerger de façon audible sans nécessité de tendre l’oreille ou de pousser le volume sonore. En outre, il ne joue pas la carte de la séduction : grâce à ce registre médium, bien à sa place – sans creux ni bosse – il s’attache à rendre l’écoute la plus agréable possible. Il est certain que la fluidité joue un rôle déterminant dans le confort d’écoute. N’est-ce d’ailleurs pas la particularité du disque vinyle ?
Registre grave
• Nameless &Stay Tuned ! ~ Dominique Fils-Aimé (pressage 45 tr/m)
Sur ce chapitre, ce « petit diable » est diablement doué pour aller au fond des choses. Le cas de la contrebasse qui accompagne Dominique Fils-Aimé sur l’album Nameless est absolument déconcertant à bien des points de vue.
La consistance de la contrebasse donne beaucoup de caractère aux différentes chansons. Cette contrebasse « brille » par sa stabilité et sa rectitude. C’est un véritable plaisir de savourer la sonorité produite par chaque note. Chaque corde est méthodiquement pincée et apporte cette sensation « d’animation » et de vie, assurant ainsi un suivi mélodique intelligible, auquel le contrebassiste y contribue en faisant vibrer son instrument. Le suivi des notes est irréprochable : on oublie facilement qu’il s’agit d’un pressage vinyle. On décèle instantanément le « placage » de chaque accord sur la touche de l’instrument et la dextérité avec laquelle le musicien « aborde » harmonieusement son sujet.
Pas de boursoufflure ou de surépaisseur sur le bas du spectre. La reproduction, si intense soit-elle dans sa profondeur, démontre que ce préamplificateur maîtrise la question du détourage. Le message sonore est d’une propreté immaculée, bien souvent réservé à des préamplificateurs phono de classe et de prix supérieurs.
Et puis, cette sensation de chaleur dans la voix suave de Dominique Fils-Aimé rend aussi l’écoute encore plus attachante, lorsqu’elle aborde les octaves les plus basses.
Scène sonore – spatialisation
• « Jalousie » ~ Yehudi Menuhin & Stéphane Grappelli
Sur le critère de la spatialisation, ce tout petit préamplificateur phono n’a pas à rougir devant des « monstres » de gammes plus élevées. Il n’est même pas nécessaire d’essayer des disques vinyles hyper démonstratifs pour se rendre compte que cet appareil délivre une scène sonore inversement proportionnelle à la taille de son coffret.
Pour être complet, la scène sonore n’est pas aussi étendue que celle obtenue avec quelques références de compétition qui s’adressent à des systèmes audio de très très haut de gamme. Cependant, sa belle « étoffe » est à prendre en considération : elle démontre une générosité loin d’être négligeable.
La musique occupe confortablement l’espace, ce qui est loin d’être toujours le cas avec les cartes phono installées d’origine sur pas mal d’amplificateurs intégrés passés et présents. Il n’est même pas utile de pousser le volume sonore pour s’en rendre compte. Aussi, c’est un véritable plaisir de réécouter ce « numéro » de duettiste proposé par Yehudi Menuhin et Stéphane Grappelli lorsqu’ils abordent le répertoire consacré à Berlin, Porter, Rogers, Hart, Hammerstein etc… Les deux musiciens se complètent astucieusement, conjuguent leur style pourtant différent et immédiatement repérable. Leur positionnement respectif, centre gauche pour l’un et centre droit pour l’autre est clairement défini, avec de surcroît une proximité avec l’auditeur, plutôt louable.
Le piano, la contrebasse et le drums qui accompagne les deux « maestros » ne sont pas pour autant relégué au second plan. Ils prennent aussi toute leur place au sein de l’espace sonore. La répartition dans l’espace laisse une vaste plage de manœuvres aux interprètes. La scène sonore offre un panorama holographique qui s’ouvre sur une reproduction aérée et toujours démunie de toute contrainte et au forme de compression, incluant la hauteur de scène sonore. Ce préamplificateur délivre par ailleurs des contrastes permettant de bien cerner chaque instrument de musique. L’image globale obtenue démontre que des solutions techniques simples, bien ordonnancées, éprouvées valent parfois mieux que des solutions complexes.
Dynamique – capacités de réaction – rigueur
• A mémorial for Glenn Miller : the original members
Il est parfois complexe d’évaluer la rapidité d’un préamplificateur phono. Cela dépend de la gravure du disque, de la cellule et puis, finalement de l’équipement dans son ensemble incluant les câbles.
Avec l’expérience et à « périmètre constant » de matériel, il est possible de faire la différence entre certains préamplificateurs phono séparés et modules intégrés. Il n’est pas rare de rencontrer des « modules » plus lents à réagir aux écarts importants de dynamique.
L’utilisation du Phonomaster II est, sur ce point, tout à fait remarquable. Il se place au niveau des meilleurs préamplificateurs phono, de prix plus élevés. A travers cet album A mémorial for Glenn Miller, on saluera « l’esprit swing » qu’il véhicule sur les thèmes les plus rapides. Les accélérations de cuivres parfois « virulents », tout comme la rythmique de la batterie ne font nullement défaut. L’aspect vivace ne laisse aucune place à l’approximation.
De plus, cette minuscule « boîte en aluminium » a une autre qualité que l’on ne trouve pas forcément sur tous les préamplificateurs phono et encore moins sur les modules intégrés. Le Phonomaster II traite le signal avec une rigueur absolue. Cela est encore plus sensible avec une cellule à bobine mobile. En corrélation avec la rapidité évoquée ci-avant, ce préamplificateur nous conforte par son comportement qui ne laisse la place à aucun dérapage, pas davantage à une forme de distorsion lorsque la musique se met à grimper en intensité. Il est parfaitement stoïque lors des importants écarts de dynamique. Le déroulement des phrases musicales s’effectue sans jamais occasionner le moindre doute ou la moindre interrogation, de quelque nature qu’elle soit. Les différents thèmes de jazz de Glenn Miller sont proposés avec une belle agilité doublée d’un entrain qui répondent à mes attentes
Séquence plaisir d’écoute – émotion – sens de l’expression
• Toccata & Fugue en Ré Mineur – Jean-Sébastien Bach interprétée aux grandes orgues par Marie-Claire Alain
A la question suivante : est-ce que ce « petit objet » est en mesure de procurer de l’émotion ? La réponse est mille fois oui !
Pour s’en rendre compte, il suffit de sélectionner cet album consacré à la musique pour orgue de Jean-Sébastien Bach sous la « dictée » de la célèbre Marie-Claire Alain. L’incontournable Toccata & Fugue en Ré Minieur BWV 565 « maniée » d’une main de maître par l’organiste prend simplement vie devant vous. Ce préamplificateur contribue grandement à apporter une énorme bouffée d’oxygène à l’auditeur. Toute la force et la puissance voulue par le compositeur se retrouve ici. Pour ma part, j’ai retrouvé les infimes nuances des tuyaux d’orgue. Par son jeu adroit, l’interprète les a fort bien retranscrites afin de nous faire profiter des subtilités inscrites sur la partition. Le Phonomaster II a d’excellentes facultés à pointer, par exemple, ce genre de détails.
La fugue en Sol Mineur BWV 578 et le Concerto en La Mineur BWV 593 s’écoutent tout aussi religieusement. Nous décelons l’agilité avec laquelle Marie-Claire Alain joue avec les claviers ou pour les puristes les « manuels » ou le « pédalier ». Chaque note est abordée avec une légèreté qui laisse place à l’admiration. Le « récit » prend de multiples facettes que l’on ressent facilement. Des tuttis au souffle le plus faible, ce préamplificateur joue à la perfection son rôle dans la coordination des sonorités et révèle une musique pourvue d’une âme.
• Shadow Hunter ~ Davy Spillane
Si vous aimez la musique celtique et que vous souhaitiez passer un bon moment, je vous suggère de vous intéresser à Davy Spillane et à son jeu endiablé de Uilleann Pipes, de préférence en version vinyle.
A titre personnel, j’ai trouvé ce disque « magique ». L’évasion à travers les pays celtiques, où se mêlent tradition et musique fusion, est garantie. Le sentiment de délassement, de détente est assuré par ce préamplificateur qui surprend d’écoutes en écoutes. La notion d’espace (dans tous les sens du terme) et la verve des musiciens suscitent une sorte d’excitation. Le répertoire choisi nous « parle » avec des accents particulièrement chantants démontrant l’efficience de ce « petit lingot » argenté qui exploite pleinement les informations gravées sur le sillon du disque.
L’écoute est prenante, attachante : de petites larmes de bonheur et de petits frissons de satisfaction démontrent que l’on peut faire « chanter » un disque vinyle en choisissant un préamplificateur qui sait de quoi il parle. Les quelques musiciens qui accompagnent Davy Spillane maîtrisent parfaitement l’instrument sur lequel il exerce leur art. La ligne mélodique de chacun d’eux est bien « tracée ». Elle est doublée d’une admirable adresse qui se traduit par un aspect vivant et hautement musical des thèmes abordés.
• Barry Lyndon ~ bande originale du film
Pour ce dernier exercice, et sans chercher à me convaincre (je le suis), j’ai effectué l’écoute au casque – juste pour le plaisir. Grand bien m’en a pris, puisqu’en principe, l’écoute au casque ne pardonne rien.
Le choix de la Sarabande de Haendel extraite de la bande originale du film Barry Lyndon n’est pas anodin. Cette œuvre « dantesque » est reproduite avec un sacré beau panache. Il ne manque rien : le Phonomaster II fait parfaitement son travail : il fait preuve de discernement entre les différents pupitres. De surcroît, la reproduction n’accuse aucune limite apparente notamment lorsque l’orchestre monte en puissance.
J’ai aussi relevé un excellent focus sur les instruments « annexes » et en particulier au niveau des percussions. Leur « champ d’action » dans l’espace et dans les trois dimensions démontre une reproduction libre. L’impact du marteau sur la peau des timbales a pour conséquence une sonorité organique. L’ensemble de violons, violoncelles et contrebasses est, lui aussi, libre de ses mouvements. Le bouquet final revient au solo de violoncelle. Nous percevons aisément ses nuances, son « coffre » et les vibratos que le musicien applique sur le manche de son instrument. Son grain, sa consistance et sa « prestance » donnent un superbe panache à l’ensemble. L’écoute de cet extrait est truculente; elle en devient même captivante au point que l’on se le repasse en boucle.
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Conclusion :
Plutôt inattendu dans le paysage audiophile actuel, le préamplificateur Phonomaster II bénéficie d’atouts majeurs pour réussir la difficile mission qui lui incombe : lire des disques vinyles dans les meilleures conditions possibles. A y regarder de près, le choix des bons préamplificateurs phono dans cette gamme de prix n’est pas si étendu qu’il n’y paraît. Aussi, Phonomaster II bénéficie d’un rapport musicalité / prix enviable. Ne vous fiez pas à sa taille ultra réduite, car derrière cette compacité se cache de grandes facultés d’analyse, un silence de fonctionnement insoupçonné et une musicalité émérite. Et pour couronner le tout, il est 100% français ! A découvrir sans plus attendre.

Prix : 480 € (03/2026)








































